Indika

[TEST] INDIKA intriguant ou dérangeant ?

J’ai fait de nombreux métiers différents dans la vie. J’ai fait écrivain fantôme, vendu des légumes, été photographe, veilleur de nuit, graphiste, game designer. Mais il y a deux métiers que je n’ai jamais fait : nonne et facteur. ET CA TOMBE BIEN, puisque Indika est arrivé, me permettant de faire les deux en même temps !
Créé par les Russes d’Odd Meters, le titre connaît un développement particulier. Après avoir sorti un étrange tower defense en VR appelé Sacralith, le studio se lance dans le développement d’Indika. Quelques mois après le début, l’invasion de l’Ukraine commence et bons nombres de citoyens russes s’élèvent contre cette guerre, parmi eux, la majorité des développeurs du studio. Composé de 14 membres, dix partent du pays en sachant pertinemment qu’ils ne pourront peut-être plus y revenir et installent le studio Odd Meter à Almaty, au Kazakhstan, les autres ne pouvant pas partir pour des raisons familiales. Étrange parallèle avec le scénario du jeu qui va prôner un discours émancipateur face aux dogmes d’une église orthodoxe bien loin d’agir comme elle prêche.

Jeu : INDIKA Genre : Aventure narratif Studio : Odd Meter Editeur : 11 Bit Studios Date de sortie : 17 mai 2024 Plateformes : PC Windows, PS5, Xbox Series PEGI 18 Prix conseillé : 24,99€ solo Testé sur : Xbox Series X (Clé fournie par l’éditeur)
Vous commencez le jeu en faisant la connaissance brève d’Indika. Protagoniste principale, elle donne son nom à l’œuvre. Vous vivez une vie austère dans un couvent sordide. Les autres sœurs semblent assez froides avec vous, pour ne pas dire carrément méchantes. Indika apparaît comme l’esclave de la maisonnée. Vous comprenez bien vite que cette aversion vient de sa particularité. Votre personnage entend le Diable qui lui parle. Oui oui, le diable, directement et en personne. Et malgré la bonne volonté dont elle fait preuve, Indika semble ne jamais fournir assez d’efforts pour se faire accepter. On vous envoie chercher de l’eau au puits pour remplir un tonneau qui semble infini, on vous poussera dans le froid pour aller chercher un seau rempli à ras bord de pomme de terre et quand vous aurez fini, les bras épuisés, on vous foutra à la porte avec une lettre à remettre à un supérieur ecclésiastique sans vous avoir dit autre chose que de ne pas la lire.
Indika Objet dans la bouche d'une none
Méchante ambiance

“Presse le pas facteur, car l’amitié n’attend pas”

Une fois dehors, vous découvrez cet univers en même temps que notre nonne qui semble ne pas avoir suivi les évolutions du monde extérieur. Le jeu prend place dans une Russie uchronique du XIXᵉ Siècle où la révolution industrielle a eu lieu différemment. Ici, tout fonctionne au charbon et à la vapeur, la mécanique a pris des proportions gigantesques et chaque nouvel endroit est pour le personnage comme pour le joueur un prétexte à mettre un pied dans cette étrange carte postale. En chemin, vous rencontrez un prisonnier évadé dont le bras nécrosé l’affaiblit grandement. Vous apprendrez tous deux à faire connaissance et vous serrerez les coudes dans des moments difficiles, chacun tirant l’autre vers le haut par sa connaissance du monde extérieur, de l’âme ou simplement en profitant de la présence de l’autre. On assiste à des instants poétiques, philosophiques, des questions théologiques rencontrent des esprits cartésiens, et tout le discours est plus profond qu’il n’y paraît et permet de donner au jeu une profondeur surprenante, mais bienvenue.

Fast and Furious : Moscow Drift

Côté gameplay on oscille entre plusieurs choses : du brillant, de l’intéressant, du bof. Par exemple le jeu débute au monastère où Indika doit s’acquitter d’un certain nombre de tâches, ardues, répétitives et le joueur est forcé de répéter les mêmes rotations de stick pendant un certain nombre de fois, se trimballant un seau lourd comme un âne mort; on ressent totalement la lassitude et le labeur dans le gamefeel. Mais très vite ces choses-là s’arrêtent et on ne retrouve plus ce passage entre ce qui est montré à l’écran et les actions qu’effectue le joueur. C’est très dommage, car c’est ce que je pense aurait fait d’Indika un titre mémorable. La voix du Diable qui parfois prend le dessus sur les émotions d’Indika donne l’occasion à des passages de puzzle-plateforme assez sympathiques, où le monde se fissure, laissant apparaître loin sous terre des flammes infernales. Mais la prière peut permettre de refermer ces failles, cependant les laisser ouvertes permet de grimper sur des plateformes créées par la déchirure, et il vous faudra osciller entre le Salut et la Damnation pour pouvoir passer d’un niveau à l’autre. C’est à peu près tout ce qu’offre le gameplay en dehors du walking simulator. Des passages en pixel 2D parlant du passé d’Indika permettent des petites touches de gameplay différents de la 3D mais on reste sur un ensemble de plateforme-puzzle à la difficulté assez anecdotique, l’important étant plus le déroulement de l’histoire. Il arrive aussi parfois que le level design ne soit pas particulièrement généreux en information et on a souvent tendance à ne pas savoir où aller ; et une certaine séquence de course-poursuite devient un pénible die and retry.
Indika ambiance spéciale
C’est mignon chez vous

Il est un peu tard pour le café, je vais prendre Indika

Côté graphisme, le jeu est plutôt beau, on n’est pas sur des animations incroyables mais l’ambiance, les émotions des personnages, la galerie de personnages et surtout cet univers étrange, un peu poisseux et meurtri de désolation participe énormément à l’intérêt d’Indika. Le travail sur le son et la musique, sur les éclairages, la mise en scène; on est vraiment sur une prouesse quand on sait que le tout a été développé par une dizaine de personnes. On passe d’un monastère froid à un village abandonné, une usine désaffectée, une conserverie de poissons immenses, etc. Je ne vous dévoile pas tout car un des plaisirs de ce jeu tient dans la découverte et la compréhension personnelle de chaque topographie.
None découverte mysterieuse
Le vrai trésor du cap’taine

Indika, aussi percutant qu’intriguant ?

Indika m’a intrigué dès sa bande-annonce. Je m’attendais à un banal jeu horrifique et je me suis retrouvé avec un véritable objet inconnu qui m’a présenté son histoire pendant les 5 heures de sa durée de vie. Certes, on peut le résumer à un jeu narratif, et je dois avouer qu’après l’avoir fini une première fois, j’étais assez déçu. Mais quelque chose me grattait le fond de la tête et j’ai recommencé une partie, et effectivement, c’est un jeu qui demande de prendre son temps ; de le digérer petit à petit, de s’attarder sur des moments, des dialogues, des détails du monde présenté. Le propos est loin des jeux habituels, et ça peut parfois être déroutant. Les réflexions sur l’amour, l’amitié, le mélange d’humour et de tristesse, les scènes à la fois gores et drôles, le mélange du grotesque et de l’angoisse ; c’est un horrible lieu commun qui me servira à terminer cette critique, mais Indika est véritablement un ovni dans le paysage vidéoludique (rah je me déteste).

Indika None tunnel égoûts
Ma foi, j’en sais rien
Graphismes
8
Gameplay
7
Histoire
7
Durée de vie
7
Bande son
6
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Les +
Une proposition singulière dans le bon sens du terme
Univers uchronique fascinant
Écriture profonde et légère
Les -
Quelques petits bugs visuels (chargements de texture, caméra capricieuse)
Un level design avec trop peu d’emphase sur les points d’intérêt
Introduit des mécaniques brillantes pour ne pas les utiliser à fond
7