[TEST] Aether and Iron, un polar noir où personne n’est tout blanc 13

[TEST] Aether and Iron, un polar noir où personne n’est tout blanc

Je ne sais pas si vous avez déjà vu un ornithorynque ? Un mélange très étrange entre le canard, le castor et la loutre, ovipare et mammifère à la fois ET avec un aiguillon venimeux à la patte ? Un mélange surprenant et qui pourtant marche bien comme tout ? Eh bien c’est exactement ce que j’ai ressenti en posant les mains sur Aether and Iron, le premier jeu de Seismic Squirrel. Un cocktail détonnant entre Disco Elysium, Citizen Sleeper, Bioshock Infinite, Blacksad et ça fonctionne plutôt pas mal pour ne rien vous cacher. Et c’est moins venimeux qu’un ornithorynque.

Jeu : Aether and Iron Genre : Aventure/RPG/Tactical Studio : Seismic Squirrell, Chaos Theory Game Editeur : Seismic Squirrell Date de sortie : 31 mars 2026 Plateformes : PC Windows, MacOS, PEGI 16 Prix conseillé : 24,50€ Démo disponible : oui solo / Testé sur : PC (clé fournie par l’éditeur)

Aether and Iron, Gia le taxi elle va partout, ELLE.

New York, années 30. Une nouvelle source d’énergie apparaît : l’éther, qui donnera naissance à la technologie anti-gravitationnelle. Aussitôt, la ville et ses buildings prennent de la hauteur. Désormais constituée d’îles flottantes, ce qui était autrefois perçu comme une ville horizontale où tout le monde a sa chance est désormais une triste illustration de la vraie vie : les pauvres en bas, les riches en haut au soleil. Vous incarnez Gia, une contrebandière qui travaille au service de celui ou celle qui a les moyens. Un jour, un baron de la pègre vous charge d’une mission singulière : une personne des beaux quartiers souhaite se rendre dans les strates inférieures. En général les new-yorkais ont plutôt tendance à vouloir l’inverse, vous sentez que ça sent le roussi, un peu comme si l’éther brûlait au vent..

Aether And Iron Plateforme de taxis
Trouvez l’intrus

Aether and Iron est un jeu narratif à la formule déjà éprouvée, mais sacrément efficace, du mélange entre visual novel et jeu de rôle traditionnel. Vous oscillez entre deux grosses boucles de gameplay, d’un côté la partie exploration/dialogue et de l’autre la partie combat au tour par tour. Chacune se répond à l’autre et crée un ensemble étrangement fluide et cohérent. La partie exploration consiste en une multitude de tableaux fixes dans lesquels vous pourrez observer l’endroit où vous vous trouvez, récolter des informations, récupérer des objets et surtout, rencontrer les habitants de cette ville. Mécanicienne taciturne, baron de la pègre, miliciens corrompus, couple de ferrailleurs ou rebelles en tous genres, la galerie des personnages est extrêmement diversifiée. Chaque rencontre ou presque donne lieu à un dialogue entre votre équipe et vos interlocuteurs.

écran de dialogue entre Gia et Cress
Les mécanos sont sympas

Dans ces passages, vous découvrirez de nouveaux éléments, devrez faire des choix sur la façon d’approcher un sujet, le ton à employer et, bien évidemment, passer des tests de compétence. Si vous avez joué à Disco Elysium ou Citizen Sleeper, vous voyez ce que c’est. Votre personnage possède un arbre de compétence avec plusieurs thématiques (Système D, Malice, Culot) et suivant les points que vous choisirez de mettre dans telle ou telle branche, vous aurez plus de facilité à convaincre, intimider ou détendre vos interlocuteurs. À vous de choisir si vous souhaitez brosser dans le sens du poil la personne que vous avez en face, ou si la promesse d’une salade de phalange sera plus efficace pour soutirer des informations.

Entre Pimp my Ride et Mad Max

La deuxième partie du gameplay pourrait constituer un jeu à part entière. Vous vous déplacez sur une carte, d’un point A à un point B et sur le chemin, vous croiserez des événements divers, narratifs et permettant de dévoiler ce monde ou menant à des combats.

Ecran de voyage de Aether and Iron
Ah c’est sûr que c’est pas la Nièvre côté transports

Si on me dit “combat au tour par tour dynamique”, l’oxymore m’intrigue forcément. Et pourtant, Aether and Iron y parvient. Vous vous doutez bien qu’à force de remuer tout ce petit monde, vous allez vous attirer des ennuis. Et les combats se feront entièrement à bord de votre véhicule. Attention, on ne parle pas d’une 205 vs une Clio 2, mais d’un véhicule anti-gravité armé jusqu’aux dents de mitraillettes, de pièges, de harpons et de tout un tas de choses pour se mettre joyeusement dessus. Dans un joyeux ballet de moteurs vrombissant et de tôles qui s’entrechoquent, les affrontements se font sur plusieurs plans. Vous avez des points d’action à utiliser qui vous permettront de vous défendre, d’attaquer ou de vous déplacer. Attention, tactique oblige : la position de chaque véhicule, ami ou ennemi, compte dans quelle arme vous pouvez effectuer.

écran de combat de Aether and Iron
Dans cette situation A) Je ralentis B) je tire dans le tas

Et si vous mettre en arrière ne vous compte pas de point, devoir avancer et contourner un passant pour pouvoir envoyer une rafale de balles à votre adversaire doit se préparer avec minutie. Il n’est pas rare au début de votre apprentissage que vous ayez un mauvais placement et que l’ennemi en profite pour vous enchaîner, laissant ainsi une tension bienvenue. Réussissant à recréer la sensation d’une course poursuite où chaque geste peut mener à votre mort, Aether and Iron gère extrêmement bien ces moments sans jamais que ça ne lasse

écran de personnalisation du véhicule dans Aether and Iron
« Salut, on a vu que t’aimais les flingues alors on a mis un flingue dans ta caisse »

Et ça ne lasse pas parce que justement, outre votre connaissance des règles du jeu, vous allez pouvoir là aussi choisir votre façon de jouer. À la planque, Cress, mécanicienne aussi solaire que la prison de la Santé vous permettra de modifier votre véhicule. Ajouter de la puissance, blinder une aile, dissimuler une sulfateuse, vous êtes capitaine de votre vaisseau et vous pourrez même le pimper, changer sa couleur et revivre une petite distillation de Need for Speed qui rencontre Advance Wars.

Un travail titanesque à tous les niveaux

Aether and Iron regorge d’une multitude de détails absolument fabuleuse. Entre les quêtes principales, les quêtes secondaires (qui souvent se répondent et se croisent), le gameplay riche et efficace et l’immensité ressentie, j’ai adoré me perdre dans les dédales et les tableaux du jeu. Visuellement le jeu est très beau, adoptant un univers “décopunk” (mélange entre l’esthéthique art déco et la dystopie futuriste) chaque design de personnage, chaque scène offre un visuel animé qui mixe avec brio la 2D et la 3D.

Entièrement doublé, le jeu et ses immenses dialogues parviennent à ne pas lasser et nous transportent, même si certains monologues de Gia tiennent plus de la caricature de roman noir à base de punchlines et de métaphores On découvre peu à peu ce monde et tous les rapports sociaux et politiques qui le tissent. Sans réinventer totalement la roue, le ton est bon et ne verse pas trop dans le cliché, ou alors juste ce qu’il faut pour derrière nous cueillir et nous surprendre avec des subtilités et des nuances donnant corps à chaque personnage.

tableau de Aether and Iron où l'on voit un baron local parader
C’est juste une petite parade pacifique vous en faites pas

Musicalement c’est également une très grande réussite. Le compositeur, Christopher Tin, signe une bande-son percutante qui réussit à allier la fumée de New-York, les courses-poursuites stressantes et les ambiances jazzy et feutrées où se disent les pires atrocités entre mafieux et politiciens.

Aether and Iron, si vous êtes indécis, jetez un D6

Si vous hésitez encore, je vous conseille très fortement de jouer à Aether and Iron, chaque détail transpire le travail bien fait et la passion. La traduction est propre, le jeu est beau, le gameplay parvient à mélanger de l’exploration statique et du tour par tour, tout en le rendant dynamique et vivant. Si vous aimez les gros univers remplis de quêtes, les polars noirs, les arts décos, les arbres de compétence et faire du tuning, déjà, on est copains, et ensuite : attachez votre ceinture et foncez sur Aether and Iron, vous n’en sortirez pas déçu. Par contre les mains à 10h10 sur le volant, on plaisante pas avec la sécurité.

Graphismes
9
Histoire
9
Bande son
9
Gameplay
9
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0
Les +
Un univers regorgeant de choses à fouiller
Une écriture efficace
Un mélange de gameplays parfaitement réussi
Visuellement et Auditivement une réussite
Les -
Quelques monologues un peu caricaturaux de Gia
J’aurais aimé que les phases “recherches d’indice” n’aient pas de gros points indiquant où cliquer dans le tableau
9