Si je vous dis “combat à 1 contre 1000”, vous pensez à quoi ? Dynasty Warriors bien sûr ! Dynasty Warriors: Origins, c’est le petit dernier de la longue série des Dynasty Warriors qui a débuté sur PlayStation 1 en 1997. En presque 30 ans, la licence s’est étoffée avec neuf épisodes numérotés et de nombreux spin-off. Après l’accueil mitigé réservé à Dynasty Warriors 9, Omega Force a décidé de revoir sa copie avec Dynasty Warriors: Origins, offrant un nouveau point de vue sur l’histoire des Trois Royaumes. L’objectif : plaire aux vétérans de Musou tout en étant accessible aux néophytes.
Personnellement, je suis un habitué des jeux d’Omega Force. Je suis passé par Hyrule Warriors, Fire Emblem Warriors, Fate/Samurai Remnant, Persona 5 Strikers… j’ai traversé des centaines de champs de bataille sans toucher une seule fois à la série principale. Aujourd’hui, c’est donc l’occasion de découvrir avec un œil nouveau, d’une part les codes et personnages de la série, d’autre part ce que vaut la version Nintendo Switch 2 de Dynasty Warriors: Origins.
Sommaire
Dynasty Warriors: Origins, les Trois Royaumes à travers les yeux d’un vagabond
Dynasty Warriors: Origins se déroule à la fin de la dynastie Han orientale, principalement entre 184 et 220. Cette époque est marquée de conflits aboutissant à la division de la Chine en trois royaumes, une période charnière riche en récits héroïques. Contrairement aux autres jeux de la série, on n’y incarne non pas une figure mythique mais un avatar amnésique, nommé par défaut le Vagabond. Il s’avère qu’il fait partie des Sentinelles de la Paix, un groupe de guerriers d’élite œuvrant dans l’ombre pour l’équilibre dans une Chine ravagée par les guerres et les rébellions.
Si au départ, le vagabond aide à réprimer la révolte des turbans jaunes, il prendra ensuite part à des conflits aux enjeux grandissants, aboutissants à une prise de position nécessaire quant au camp à soutenir pour la stabilité du pays.
Si le choix narratif d’un avatar neuf et muet permet une mise en place progressive du monde, il montre rapidement ses limites avec un protagoniste dont l’amnésie sert davantage de prétexte que de véritable moteur à l’intrigue.
Un héros sans mémoire… et sans relief ?
En effet, cette facilité scénaristique m’a paru paresseuse. Certes, ce choix permet d’introduire les personnages et le contexte géopolitique de l’époque. Mais on sent que l’intrigue personnelle sur ses souvenirs, qui est en fil rouge, est totalement secondaire et représente un remplissage plus qu’un besoin tant elle n’a aucune incidence sur le monde. En gros, qu’il existe ou non, le déroulé de l’histoire restera le même, et c’est normal étant donné qu’on parle d’une période existante et non-fictive de l’histoire de la Chine.
De plus, le personnage, bien que terriblement beau gosse, fait constamment la même tête impassible quel que soit le dialogue. Comment gâcher des moments dramatiques avec une poker face. Surtout qu’il est doublé pendant les batailles, il a des lignes de textes, alors pourquoi ne pas aller jusqu’au bout ? Le constat est d’autant plus frustrant que le protagoniste dégage un vrai charisme lors des cinématiques de combat.
Dernier point : on nous demande de nommer le Vagabond (personnellement, je l’ai nommé Zhao Yan). Tout ça pour que quelques heures plus tard quelqu’un lui donne un nom, qui s’avère être son vrai nom et qui sera utilisé dans les dialogues jusqu’à la fin de l’histoire.
Cet aspect du jeu m’a constamment fait tiquer pendant mes sessions. Heureusement que ce potentiel sous-exploité est compensé par du gameplay solide. Car c’est bien sur le champ de bataille que Dynasty Warriors: Origins brille.

Le plaisir du Musou : taper et taper
Et quel plaisir ! Dynasty Warriors: Origins excelle dans ce qu’on attend de lui : des batailles où on se retrouve face à des armées entières de généraux et soldats. Le système de combat repose sur un équilibre entre accessibilité et profondeur. Les combos s’enchaînent naturellement, les ennemis tombent par dizaines, et la sensation de décimer des armées entières ne faiblit jamais, même après plusieurs dizaines d’heures de jeu.
L’art de combattre 1000 ennemis
Le système de combat s’articule autour de la bravoure, une jauge qui permet une fois remplie d’utiliser des arts de combat propres à chaque arme. La gestion de cette ressource devient assez instinctive. On tape pour les faire grimper, on déchaîne les arts, et rebelote. C’est un système simple et efficace qui maintient constamment la tension entre accumulation et dépense de la ressource tout en offrant un sentiment incroyable de puissance. Cela est d’autant plus vrai en fin de jeu lorsque certains arts de combat coûtent plus de 6 unités de bravoure. Alors, est-ce que je lance une petite compétence ou est-ce que j’économise pour une méga attaque ?
Si vous êtes habitués des jeux d’action récents, vous ne serez pas surpris de retrouver les fameuses esquives et parades parfaites. L’esquive, une fois le talent débloqué, ralentit temporairement l’action tandis que la parade parfaite génère un contre qui ravage la jauge de détermination de l’adversaire.
Une fois la détermination à sec, l’ennemi est sonné et vous pouvez profiter de quelques secondes pour vous déchaîner dessus comme si il avait insulté un de vos proches.
Vu qu’ils sont serviables, les ennemis préviennent de leur future attaque. Une aura orange, c’est une attaque qui peut être interrompue par un art spécial. Une aura rouge, c’est imparable alors esquivez bien !
Pour finir, que serait un Dynasty Warriors sans son attaque musou, une attaque ultime qui raye facilement plusieurs centaines d’ennemis en un coup. Satisfaisant à souhait.
Un véritable couteau-suisse humain
Étant donné qu’il n’y a qu’un personnage à contrôler, il faut des changements suffisants pour ne pas se lasser trop vite. Rappelons que nous sommes dans un Musou qui est par nature répétitif. Si le Vagabond dispose au départ d’une épée, sa panoplie d’armes ne cesse de croître régulièrement. On récupérera une lance, des chakrams, ou encore des gantelets. Je ne vous dévoile pas tout, mais sachez qu’en fin de partie, on arrive à 9 armes aux gameplay distincts. Et je vous assure que vous trouverez rapidement vos chouchous. Personnellement, j’ai détesté les gantelets qui manquaient ironiquement de punch, tandis que les chakrams offrent des chorégraphies et demandent des timings bien plus poussés !
N’espérez d’ailleurs pas utiliser la même arme du début à la fin. Sur ce point, le système de progression est très bien pensé. Plutôt qu’un niveau, le personnage gagne un rang à chaque fois qu’une arme gagne un niveau. Si on prend en compte qu’une arme de bas niveau gagne plus rapidement de l’expérience, vous voyez où je veux en venir ? Pour monter efficacement en rang, il faut varier les armes et donc, exit la monotonie de faire le même combo pendant 30h !
Vous voulez encore une motivation pour changer d’armes ? Vos alliés vous donnent régulièrement des petites missions du type “vaincre X ennemis avec des arts de combat de la lance”. Les accomplir nous récompense de précieux points de talent à dépenser sur de nombreux arbres de talent.

Le champ de bataille de tous les possibles
Vous allez parcourir des kilomètres en ravageant des armées entières. Les batailles épiques se déroulent sur de vastes cartes sur lesquelles vous avez constamment une vision d’ensemble. C’est là que Dynasty Warriors: Origins rappelle qu’il n’est pas qu’un défouloir bourrin. Derrière le chaos apparent, il y a de la stratégie à prendre en compte.
Le déroulé des batailles principales
Avant d’aller casser des clavicules, les missions principales commencent par un conseil de guerre. Situation générale, forces en présence, objectif principal. L’analyse est rapide, les stratégies simples à comprendre. Très souvent, les forces alliées doivent se séparer pour capturer des bases essentielles et ce en même temps.
Si les généraux de notre armée ont toujours un rôle défini, le Vagabond est quant à lui considéré comme le Joker, le type à tout faire qui a la permission de vagabonder où il veut. Cet atout fait de vous le maître de la bataille car dans les faits, les alliés ne sont pas immortels, loin de là. Il faut donc observer attentivement la carte, voir qui a besoin de soutien, et foncer si vous le pouvez là-bas donner un coup de main.
Dans la théorie, c’est simple. Mais quand des renforts ennemis tendent une embuscade juste à côté de votre QG, sur votre commandant s’y trouve, que sa mort signifie Game Over et que vous êtes à l’autre bout du terrain, ce n’ est pas de la tarte! Certaines batailles instaurent clairement une tension palpable où la victoire ne tient qu’à un fil ! L’équilibre du champ de bataille est mince, et on sent clairement que notre présence ou notre absence peut tout faire basculer.
Grandes armées, moral et chaos contrôlé
Ce qui peut décider du déroulement d’une bataille, ce n’ est pas la taille d’une armée mais son moral. Lorsque le moral est élevé, tous les alliés gagnent en puissance de frappe. Quand le moral est bas, on sent nettement la difficulté à venir à bout d’un officier.
C’est d’autant plus vrai lorsque dans certaines batailles apparaît une grande armée. Une grande armée est constituée de plusieurs dizaines de bataillons de généraux avec leurs soldats. Les charges épiques qui précèdent le choc des épées sont un vrai plaisir à chaque fois. À partir de là, c’est la mêlée générale, un chaos visuel, des armes pointées vers soi tous les centimètres carrés. Même dans ce capharnaüm, il faut garder la tête froide. Les généraux adverses n’hésiteront pas à déployer des stratégies pour renverser le cours de la bataille, à vous d’en venir à bout avant le temps imparti. Si je devais garder en tête un aspect mémorable du jeu, ce serait bien ces grandes confrontations.
Des légendes temporaires mais explosives

Si vous avez peur de la solitude sur le champ de bataille, pas de panique ! Certaines missions et batailles d’histoire vous permettent de choisir le compagnon qui parcourra les plaines remplies de soldats à vos côtés. Ces héros légendaires sont une aide précieuse. En réalisant des prouesses, on les motive à réaliser des combos. Le point culminant de cette collaboration se trouve au moment où on peut prendre leur contrôle. Là, je me suis régalé. Les héros sont d’une puissance à ravager les champs de bataille à eux tout seul. Ce n’est donc pas étonnant que leur contrôle ne soit donné que temporairement. Bizarrement, ils ne sont pas aussi doués quand ils sont contrôlés par l’IA. Cette frustration assumée rend d’autant plus marquante l’intervention de ces alliés premium.
Un apprentissage stratégique
Malgré la puissance de ces alliés, il m’est arrivé à plusieurs reprises (surtout pendant CE combat, ceux qui ont fait le jeu comprendront) d’essuyer des échecs. Sachant qu’une bataille peut durer une bonne demi-heure, il serait vraiment horrible de devoir recommencer depuis zéro, n’est-ce pas ? Pas de panique, Omega Force a la solution. Grâce à la reconstitution de la bataille, on peut voir en accéléré sur la carte le déroulé de la bataille pour ainsi étudier ce qui a fait défaut à nos actions. Est-ce que j’ai pris trop de temps à capturer ce camp ? Est-ce que j’aurais dû rester plus longtemps à combattre la grande armée ? Des checkpoints stratégiques permettent de reprendre sans trop de douleur à des moments clés de la bataille et c’est un vrai plus pour ne pas se sentir trop frustré.
Interlude entre deux batailles
Non, on ne passe pas son temps à dégommer des soldats à tout bout de champ. Dynasty Warriors: Origins rappelle les RPG d’antan avec une carte du monde sur laquelle se promener. Je vous arrête tout de suite, il n’y a pas de vraie exploration, de secrets bien gardés : tout est affiché sur la carte. C’est pendant ces moments de pauses qu’on va faire ses emplettes, discuter avec ses alliés pour renforcer ses liens. Pour ne pas perdre la main, il y a des petites escarmouches qui apparaissent aléatoirement. Rien à voir avec les batailles spectaculaires, ce sont des toutes petites missions qui se règlent parfois en 3 minutes.
Des mécaniques sous-exploitées
Je vais faire un petit aparté sur un certain nombre d’aspects que j’aurais aimé plus poussés.
Le vagabond possède les yeux de l’oiseau sacré. Cela lui permet de voir des effluves d’encens qui créent des illusions sur le champ de bataille. Sauf qu’hormis 4 ou 5 batailles, on ne s’en sert pas sauf pour mettre en surveillance des choses sur la carte du monde où voir la position des alliés et adversaires sur le champ de bataille. J’imagine que de nombreux combats auraient gagné en diversité situationnelle.
Ensuite, concernant la personnalisation. On peut équiper l’avatar d’une arme, deux accessoires maximum, quatre objets et une glyphe. De quoi faire des builds sympa ? Pas tant que ça. Les bonus des accessoires sont anecdotiques, des stats par-ci par-là. Les glyphes ? Il n’y en a que cinq sortes pour toute l’aventure et on se contente juste de les faire monter de niveau en les fabriquant.
Alors on se rattrape au niveau des armes peut-être ? Franchement ? Je me suis contenté de sélectionner ma plus puissante arme à chaque fois sans prendre en compte les bonus passifs dessus. Il manquerait une fonctionnalité pour les améliorer. Ah mais non. C’est possible. Mais seulement lors du post-game.
Au bout du compte, on ne prend pas des heures dans les menus à construire des builds sophistiqués. Le système va directement à l’essentiel, un poil trop à mon goût.
Du monde à l’écran, et ça tient debout !
Je joue, je joue et j’en oublierais presque que je suis sur la Nintendo Switch 2 ! Le verdict est simple : la dernière de Nintendo s’en sort avec les honneurs. C’est simple, je n’ai jamais eu de ralentissements, une stabilité impressionnante qui me ferait presque oublié le désastre de FPS qu’était Hyrule Warriors : Age of Calamity sur la première Switch. Le tout est fluide et réactif comme il faut.
Quant aux temps de chargement, on oscille entre 5 secondes pour les petites escarmouches et presque 30 secondes pour les grandes batailles, ce qui fait un peu longuet, mais on s’y fait.

Une bande-son rock qui frappe aussi fort que vos coups
Dynasty Warriors: Origins sait mettre l’ambiance sonore. La bande-son joue intelligemment sur deux registres : des compositions traditionnelles épiques lors des phases de dialogue et de préparation, puis du rock électrique bien bourrin dès que ça bastonne. Et franchement, ça marche du tonnerre.
Quand vous défoncez une armée entière et que la guitare électrique se met à hurler en même temps que vos Arts de combat, il y a quelque chose de viscéralement jouissif. Ces riffs énergiques ne sont pas là par hasard : ils rythment parfaitement l’action et participent activement à cette sensation de puissance que le jeu cherche à transmettre. Impossible de rester de marbre quand un solo de guitare accompagne votre charge destructrice.
Le design sonore complète admirablement le tableau. Le fracas des armes résonne avec impact, les boucliers qui se heurtent claquent sec, et les cris des soldats créent ce chaos organisé qui fait tout le sel des batailles massives. On sent physiquement le poids de chaque coup, la violence des affrontements. Cette masse sonore pourrait facilement devenir bordélique, mais tout reste étonnamment lisible.
Côté voix, le doublage japonais est de rigueur. Ironiquement, c’est peut-être dans cet aspect que le Vagabond trouve le plus de personnalité : ses cris de guerre, ses rugissements au combat lui donnent bien plus de présence que son visage de marbre durant les cinématiques. Au moins, sur le champ de bataille, on sait qu’il est vivant.
La fin n’est que le commencement
Pour réaliser ce test, j’ai terminé le jeu en 36h. Et ça, c’est en suivant une route sur les trois disponibles. Une fois le générique déroulé, on se retrouve sur la carte du monde. Un coup de blues post-game ? Il est maintenant possible de sélectionner le chapitre désiré pour revivre des batailles ou choisir un des deux autres camps pour faire leur campagne ! D’autres mécaniques deviennent également disponibles pour nous permettre de créer le guerrier ultime. Donc si vous en voulez encore, comptez facilement une dizaine d’heures supplémentaires pour clore les deux scénarios restants et se confronter à toutes les missions annexes que vous auriez délaissées.

Dynasty Warriors: Origins, le début d’une nouvelle ère ?
Dynasty Warriors: Origins réussit son pari de rendre la série accessible aux néophytes tout en offrant aux vétérans leur dose de combats spectaculaires. Le système de combat est grisant, la variété d’armes encourage l’expérimentation, et la liberté sur le champ de bataille procure de vraies sensations épiques. La version Switch 2 tient honorablement la route techniquement.
Néanmoins, le jeu n’ose pas aller assez loin sur certains aspects. Le protagoniste reste fade malgré son potentiel, plusieurs mécaniques prometteuses sont sous-exploitées, et la personnalisation aurait mérité plus de profondeur. L’IA des compagnons, volontairement bridée, peut frustrer.
Malgré ces réserves, j’ai adoré tout le temps passé sur Dynasty Warriors: Origins qui reste une excellente porte d’entrée dans l’univers Dynasty Warriors et un Musou solide qui saura ravir les amateurs du genre.








