Quarante ans. Voilà le temps qu’il aura fallu pour que les fans occidentaux de City Hunter puissent enfin découvrir légalement l’unique adaptation gaming canonique du chef-d’œuvre de Tsukasa Hojo. Sorti initialement en 1990 sur PC Engine au Japon par Sunsoft, ce joyau labyrinthique n’avait jamais quitté l’archipel nippon, condamnant les admirateurs de Ryo Saeba à des émulations bancales ou des enchères eBay délirantes. Aujourd’hui, grâce à l’alliance stratégique entre Sunsoft (développement technique), Clouded Leopard Entertainment (édition mondiale numérique) et Red Art Games (éditions physiques collector européennes), City Hunter Remastered Edition débarque le 26 février 2026 sur Switch, PS5, Xbox Series X|S et Steam, avec un atout massue : une localisation française complète baptisée Nicky Larson, référence directe au doublage culte du Club Dorothée qui a bercé toute une génération.
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City Hunter, la résurrection d’une légende enfouie
Dès l’annonce en septembre 2025, l’effervescence fut palpable. Ce n’est pas un simple portage paresseux, mais un remaster réfléchi qui corrige les frustrations techniques de 1990 tout en préservant l’ADN pixel art intégral. Avec trois modes de difficulté (dont un inédit « Hard » sadique), des fonctionnalités modernes (save states, rewind) et une bande-son remasterisée incluant le légendaire Get Wild de TM Network, Sunsoft et Clouded Leopard visent clairement la corde sensible des trentenaires-quadras. Mais derrière cette offensive nostalgie se cache-t-il un véritable jeu vidéo solide, ou simplement un musée interactif pour collectionneurs ? Après plusieurs runs en modes Enhanced et Hard, voici notre verdict complet sur ce retour aussi inattendu qu’attendrissant.

L’univers : fidélité absolue au canon animé
L’un des atouts majeurs de City Hunter Remastered réside dans son respect quasi religieux de l’œuvre source. Chaque mission débute par un briefing illustré mettant en scène Ryo Saeba, nettoyeur professionnel aux hormones galopantes, et ses clientes en détresse – une structure narrative calquée sur les épisodes de l’anime original. Les dialogues, entièrement traduits en français (avec switch VO japonaise/VF « Nicky »), regorgent de punchlines cultes et de références aux personnages secondaires comme Kaori, Umibozu ou Miki. Cette attention portée à l’authenticité transforme chaque niveau en mini-épisode interactif, renforçant l’immersion pour qui a grandi avec les aventures du héros de Shinjuku.
Visuellement, aucune concession : le pixel art 16-bit d’origine reste intact, sans upscale HD forcé. Sunsoft a néanmoins ajouté des filtres CRT optionnels et plusieurs ratios d’affichage (4:3 classique, pixel perfect moderne) pour satisfaire puristes et joueurs actuels. Les décors labyrinthiques – bâtiments à étages interconnectés par des portes mystérieuses – reproduisent l’esthétique urbaine nocturne chère à la série, avec une direction artistique chaude et contrastée typique de l’ère PC Engine. Côté ambiance sonore, la bande originale chiptune signe un retour triomphal, enrichie d’un lecteur OST déverrouillable et d’un mode galerie 3D exhibant boîte HuCard, livret japonais et artworks rares. Pour les fans hardcore, cette préservation patrimoniale vaut déjà le détour.
Gameplay : entre rigidité rétro et corrections bienvenues
Entrons dans le vif du sujet : le gameplay de City Hunter oscillait en 1990 entre innovation et maladresse. Le remaster 2026 propose une solution élégante via trois modes distincts. Le Mode Original conserve religieusement la latence des contrôles, les hitbox approximatives et les bugs de projectiles – une expérience « pure » mais franchement frustrante pour qui n’a pas connu l’époque. À l’opposé, le Mode Enhanced (par défaut) révolutionne l’expérience : réactivité accrue, corrections de collision, fluidité des virages et sauts transforment radicalement la jouabilité. C’est simple : après dix minutes en Enhanced, retourner à l’original donne l’impression de contrôler Ryo dans de la mélasse. Enfin, le Mode Hard superpose à Enhanced des ennemis surboostés (dégâts x2-3, IA agressive, respawn accéléré) et des patterns de boss réinventés – un défi authentique pour vétérans.
Techniquement, le jeu déploie une structure en quatre niveaux labyrinthiques interconnectés. Chaque étage impose de naviguer entre portes aléatoires menant à des salles identiques – un design circulaire typique des années 90 visant à allonger artificiellement la durée de vie. Ryo dispose d’un arsenal évolutif (pistolet de base, missiles, bazooka créant un recul physique), ramassé sur ennemis ou boss. Le système de tir reste limité : huit directions fixes, pas de visée diagonale, ce qui engendre parfois des situations absurdes face à des adversaires placés en oblique. Néanmoins, en Enhanced, les combats gagnent en rythme grâce à une vélocité de déplacement supérieure et des invincibilités post-dégât mieux calibrées. Les boss de fin d’étage, souvent issus de l’anime (mercenaires yakuzas, assassins européens), affichent des patterns mémorables mais prévisibles comptez trois à cinq tentatives maximum pour les vaincre, même en Hard.

Fonctionnalités modernes : le confort sans trahison
Au-delà de la restauration technique, City Hunter Remastered brille par ses ajouts pensés pour 2026. Le système de save states illimités autorise des sauvegardes à la volée, éliminant la frustration des game overs après 45 minutes de progression. Plus impressionnant encore, la fonction rewind (maintien d’une gâchette) permet de rembobiner jusqu’à dix secondes un miracle face aux pièges à pointes ou aux salves ennemies inattendues. Ces outils, désactivables pour puristes, démocratisent enfin un titre autrefois réservé à une élite masochiste.
La localisation multilingue constitue l’autre pilier du remaster. Outre l’anglais, l’allemand et l’espagnol, la version française « Nicky Larson » reproduit fidèlement les voix et terminologies du doublage TV mythique (Laura remplace Kaori, les surnoms cultes sont là). Un switch instantané permet de basculer entre identités City Hunter (japonais) et Nicky Larson (français) sans redémarrage, incluant jaquettes réversibles sur les éditions physiques Red Art Games. Pour les collectionneurs, la galerie 3D déverrouillable expose boîtes HuCard rares, livrets d’époque scannés et dessins promotionnels un musée virtuel émouvant. Ajoutez-y un lecteur OST extrait du jeu (chiptunes + Get Wild remasterisé) et vous obtenez un package nostalgique complet, vendu entre 40€ (standard numérique) et 70€ (collector Red Art avec steelbook).
Points forts et faiblesses : le bilan sans détour
Soyons honnêtes : City Hunter Remastered ne révolutionnera pas le run’n’gun moderne. Sa durée de vie minimaliste (une à deux heures pour boucler Enhanced, trois à cinq heures avec exploration complète et Hard) le cantonne au statut de « shot nostalgie » assumé. Les environnements labyrinthiques, bien que fidèles à l’Original, virent rapidement au casse-tête répétitif – certaines portes mènent littéralement à des boucles infinies sans logique apparente. L’IA ennemie, figée en 1990, se résume à des patterns basiques (marche-tire, saute-tire), rendant les affrontements mécaniques passé le premier niveau. Enfin, l’absence totale de contenu neuf (pas de niveaux bonus, modes coopératifs ou boss inédits) décevra ceux espérant une réinvention ambitieuse.

Mais ce serait oublier l’essentiel : ce remaster ne vise pas l’innovation, mais la préservation intelligente. Pour les fans trentenaires ayant vibré devant Nicky Larson le mercredi après-midi, retrouver Ryo maniable, fluide, traduit avec amour vaut largement les 40 balles demandées. Le mode Hard, notamment, offre un défi authentique absent du jeu original, justifiant une seconde run pour perfectionnistes. Les filtres CRT, la galerie exhaustive et le lecteur OST témoignent d’un respect rare envers le matériau source une démarche patrimoniale similaire aux remasters Konami ou SNK.
À qui s’adresse ce retour ?
City Hunter Remastered Edition s’adresse avant tout à trois publics : les nostalgiques inconditionnels de l’animé/manga, les collectionneurs rétro chassant les raretés PC Engine, et les curieux du patrimoine vidéoludique japonais. Si vous cherchez un run’n’gun moderne aux mécaniques profondes, passez votre chemin. En revanche, si l’idée de redécouvrir un artefact 1990 enfin accessible, corrigé techniquement sans être dénaturé, résonne en vous, foncez.
Comparé à d’autres portages rétro récents (ex. Castlevania Advance Collection, Teenage Mutant Ninja Turtles: The Cowabunga Collection), ce remaster pèche par son manque d’exhaustivité pas de documentaires, interviews développeurs ou prototypes jouables. Néanmoins, sa fidélité au matériau original et ses QoL judicieuses le placent largement au-dessus des portages paresseux éditeurs budget.
Faut-il craquer pour ce City Hunter remasterisé ?
Si votre cœur s’emballe encore au générique de Nicky Larson, si « Laura » et « Nicky » évoquent des souvenirs de goûters post-école, City Hunter Remastered Edition vous tend les bras. C’est un objet de mémoire interactive, un pont entre 1990 et 2026, prouvant que certaines licences méritent une seconde chance technique. Certes, la brièveté et la répétitivité frustreront les joueurs exigeants. Mais pour 40€ (ou 70€ collector chez Red Art Games avec goodies), vous accédez à un morceau d’histoire enfin localisé, jouable, préservé avec soin. Si le charme opère après avoir vu des vidéos de gameplay, les éditions physiques Red Art (précommandes ouvertes depuis mars 2026) feront briller votre étagère. Pour les puristes, le Mode Original attend, brutal et authentique. Rendez-vous à Shinjuku, nettoyeurs !
